Particulièrement ceux en uniforme comme le personnel hospitalier, les policiers, les fonctionnaires du service d'immigration, etc.
Notamment ceux indiquant qu'une fausse déclaration peut donner lieu à une poursuite, à une amende ou à une peine d'emprisonnement – les survivants de tortures ne prennent pas ces avertissements à la légère.
Y compris la date de naissance, l'adresse résidentielle, etc.
Surtout s'il s'agit d'un hôpital psychiatrique, qui peut ressembler à une prison.
Il se peut que, en prison, un médecin ait décrit les mauvais traitements que la victime pouvait endurer ou la façon de lui causer le plus de douleur possible sans la tuer.
Il se peut que le survivant de tortures craigne que ces personnes décrivent ses activités aux organismes de sécurité du gouvernement et que ces derniers transmettent cette information au gouvernement du pays qu'il a fui.
Il se peut que les fournisseurs ne se rendent pas compte que leur client a été torturé. De plus, ils peuvent avoir l'impression de ne rien pouvoir faire ou trop s'identifier avec le client, de sorte qu'ils ne cherchent pas à savoir si le client a vécu des traumatismes ou nient l'existence de la torture. Les fournisseurs doivent être conscients des effets de la torture et pouvoir prendre des mesures appropriées en suivant les principes de la prestation de soins sensibles aux traumatismes. De plus, ils doivent savoir que la torture est répandue et ne pas oublier que les problèmes de santé de leurs clients peuvent être causés par la torture et les traumatismes connexes.
Il peut être difficile d'identifier les clients ayant survécu à des tortures, car elles passent souvent inaperçues en milieu clinique (Crosby et coll., 2006). En effet, certaines formes de torture ne laissent pas de cicatrices ou de blessures pouvant être observées lors d'un examen médical. Les cliniciens peuvent amener leurs clients à parler de la torture dont ils ont fait l'objet en créant un milieu sûr, en établissant une relation de confiance avec eux et en faisant preuve d'empathie (Eisenman et coll., 2000; Madrid, 2021). De plus, ils peuvent structurer leurs interactions d'une façon qui atténuera le stress que pourraient éprouver les survivants et encourager ces derniers à parler ouvertement des tortures qu'ils ont subies.
Créez un milieu qui ne ressemble en rien à une cellule et qui mettra le client à l'aise.
Assurez-vous que tous les objets sont visibles (aucun écran).
Soyez conscient du fait que même un objet banal peut avoir un effet déclencheur.
Soyez conscient du fait que l'attente précédant le rendez-vous peut rappeler au client l'attente qui précédait les séances de torture.
Présentez-vous, expliquez votre rôle et décrivez le processus d'entretien et d'examen afin d'atténuer l'anxiété du client.
Donnez un certain contrôle au client en faisant des pauses pour aller aux toilettes ou pour d'autres raisons.
Posez des questions avec douceur.
Faites preuve de tact en posant des questions, mais allez droit au but. Par exemple : « Un grand nombre de personnes qui ont des problèmes de mémoire ou qui font de mauvais rêves ont été torturées ou traumatisées. Est-ce votre cas? »
Dites au client qu'il est difficile de parler de ce genre de choses.
Renseignez le client sur ses symptômes et rassurez-le en lui disant que ces symptômes sont une « réaction normale à des événements anormaux ».
Parlez des perceptions erronées au sujet de la torture.
Comme nous le disions, il est difficile d'identifier les survivants de tortures. À cela s'ajoute le fait qu'un grand nombre d'entre eux refusent d'en parler parce qu'ils se sentent coupables, sont honteux, craignent qu'on ne les croie pas ou sont méfiants envers autrui (Eisenman et coll., 2000; Nations Unies, 2017). De plus, ils ne se rendent peut-être pas compte qu'en racontant leur histoire et les expériences difficiles qu'ils ont vécues, ils pourraient bénéficier de certains droits et de traitements. Enfin, les difficultés linguistiques et culturelles en lien avec les fournisseurs peuvent empêcher les survivants de tortures de parler ouvertement de leurs expériences (Nations Unies, 2017).
La torture a pour but de détruire la personnalité, l'identité, la confiance en soi et la capacité de fonctionnement social des victimes. Toutefois, certains chercheurs estiment que les effets psychologiques de la torture devraient être considérés comme la réaction conditionnelle intense d'une personne ayant une constitution robuste lui permettant de survivre dans une situation à caractère pathologique marqué (Somnier et coll., 1992). Autrement dit, les symptômes psychologiques découlant de la torture sont des indicateurs de la force de la personne et de sa capacité de survivre à des expériences horribles. En effet, plusieurs symptômes du TSPT, comme l'émoussement, l'hypervigilance, l'isolement social, le chagrin et le sentiment de vide, peuvent être des moyens adéquats de composer avec des circonstances tout à fait anormales. Ces symptômes sont encore plus nocifs sur le plan psychologique, car ils se manifestent plus tard et s'intensifient sous l'effet de nouveaux stresseurs (Gorman, 2001).
Des recherches laissent croire qu'un grand nombre de fournisseurs ne s'aperçoivent pas qu'un patient a été victime de torture simplement parce que cette possibilité ne leur vient pas à l'esprit.