L’un de nos objectifs clés est de parvenir à un changement systémique. Les immigrants, les réfugiés et les autres communautés vulnérables font face à de telles barrières qu’on se doit d’avoir une vue d’ensemble et de trouver quelles sont ces barrières. C’est pour cette raison qu’une de nos valeurs et stratégies principales est de travailler en partenariat. On ne peut pas et on ne devrait pas agir seul. En travaillant avec d’autres organismes, on les aide à améliorer leur capacité à répondre aux besoins et problèmes des communautés vulnérables, des immigrants et des réfugiés. Cela fait partie du changement du système qu’on souhaite adopter. Lorsqu’on réfléchit à comment répondre aux besoins de la communauté, on réfléchit aussi aux personnes qui devraient être présentes à la table et on les contacte tout simplement. On est déjà présent à de nombreuses tables : réseaux, associations, et c’est par là qu’on commence souvent parfois on contacte d’autres partenaires qui travaillent sur des problèmes spécifiques. Je peux vous donner des exemples de partenariats qu’on a initiés. La clinique sans rendez-vous pour les personnes sans assurances, par exemple, dans l’ouest de la ville. Elle a été créée car des groupes de personnes vulnérables n’avaient pas accès à des services de santé. On a contacté d’autres centres de santé communautaires qui avaient des difficultés à répondre aux besoins de patients sans assurance et on a créé une clinique. C’est un partenariat rassemblant sept centres de santé communautaires. On offre des services deux fois par semaine, on voit une centaine de clients par an et les partenaires jouent chacun un rôle différent. Soit en offrant des ressources soit en acceptant des clients, soit en faisant des références ou en étant disponibles pour des consultations. C’est un exemple d’un partenariat dirigé par Access Alliance.
Les services de soins en santé mentale mettent souvent l’accent sur la personne. Toutefois, il ne faut pas oublier que celle-ci subit de nombreuses influences et peut faire appel à des sources de soutien. Les déterminants sociaux de la santé ont une incidence sur les particuliers à tous les niveaux de la société et sont souvent impossibles à maîtriser (Bharmal et coll., 2015; Dahlgren et Whitehead, 1991). Les programmes de promotion de la santé mentale et de prévention des problèmes de santé mentale et des maladies mentales à plusieurs volets (p. ex., pour les particuliers, les communautés et la société dans son ensemble) sont plus susceptibles de réussir (Castillo et coll., 2019; Strader et coll., 2000).
Les initiatives de promotion et de prévention devraient envisager la personne dans le contexte de plusieurs niveaux ou d’un cadre écologique de systèmes imbriqués ayant une incidence sur sa vie (Brofenbrenner, 1977; Centers for Disease Control and Prevention, 2022). La personne se trouve au centre, et les autres systèmes et agents l’entourent afin de l’aider à déterminer le comportement qu’elle devrait adopter, lui donner un exemple de ce comportement, ainsi que l’aider à comprendre ce qui lui arrive et à s’épanouir (Brofenbrenner, 1977; Strader et coll., 2000; Centers for Disease Control and Prevention, 2022).
Milieu immédiat de la personne (p. ex., la famille, l’école ou le travail)
Interrelations entre les microsystèmes (p. ex., l’organisme qui fournit les services ou la communauté)
Prolongement des mésosystèmes structurés et non structurés (p. ex., le quartier, les médias, les organismes gouvernementaux ou les installations de transport)
Modèles institutionnels globaux de la culture ou des sous-cultures dans lesquelles la personne vit (p. ex., les systèmes éducatifs, juridiques ou politiques)
Ces modèles peuvent être utilisés directement ou indirectement afin d’influencer le développement de la santé mentale, la compréhension et les résultats (Brofenbrenner, 1977). Par conséquent, les initiatives de promotion du bien-être et de prévention des problèmes de santé mentale et des maladies mentales axées uniquement sur la personne peuvent s’avérer insuffisantes.
Les systèmes de santé et leurs dirigeants mettent l’accent sur l’intervention précoce dans le but de réduire les coûts des soins de santé et d’améliorer le maintien des traitements ainsi que le rétablissement. Il faut donc tenir compte du macrosystème, du mésosystème et du microsystème ayant une incidence sur la vie des particuliers. Pour soutenir l’intervention précoce au-delà de la personne, on peut miser sur le développement des communautés et la formation de partenariats communautaires. Les partenariats peuvent s’avérer efficaces, car ils aident à repérer rapidement les problèmes de santé mentale et les maladies mentales, à adopter diverses modalités de traitement (p. ex., pharmacothérapie, thérapie par la parole et art thérapie) et à améliorer le respect du traitement par les clients (Castillo et coll., 2019; Wallcraft et coll., 2011; Rogers et Robinson, 2004).
La formation de partenariats solides peut promouvoir le mieux-être mental et prévenir la maladie parmi les groupes d’immigrants et de réfugiés au Canada. Il faut tenir compte d’un certain nombre de facteurs quand vient le temps de décider si l’on apportera une contribution en tant qu’expert à un partenariat communautaire établi ou si l’on formera de nouveaux partenariats.
Depuis 40 ans, le Centre canadien pour victimes de torture (CCVT) utilise un modèle d’entrepreneuriat social pour venir en aide aux réfugiés et aux victimes de torture et de guerre. Le Centre se considère comme une communauté aidant les personnes qui se sentent isolées à nouer des liens, ainsi qu’un endroit favorisant la création de réseaux et où les familles peuvent obtenir de l’aide pour se reformer. Il s’agit également d’une communauté liée notamment aux personnes exilées et à la communauté d’accueil (Kidd et coll., 2014, p. 160161).
En offrant un endroit sûr aux nouveaux arrivants dans la communauté, le CCVT aide ses clients à trouver des points qu’ils ont en commun avec d’autres personnes afin de partager des expériences humaines, de se rétablir, de renforcer leur attachement envers l’histoire et d’assurer une continuité. Ainsi, ils peuvent aborder leurs traumatismes lentement et les mettre dans le contexte de l’histoire d’une personne faisant partie d’une famille, d’un réseau et d’une communauté. La violence et la torture deviennent alors des événements terribles de leur histoire qui risquent de la fracturer complètement, mais elles ne définissent pas entièrement cette histoire (Kidd et coll., 2014, p. 161).