Les interventions thérapeutiques s'adressant aux survivants de tortures devraient permettre de cerner les vulnérabilités, les risques, les forces et les facteurs de protection de la personne. Il importe de nouer une relation thérapeutique avec le client et de comprendre son quotidien.
Le sens que donne le survivant de tortures aux expériences qu'il a vécues peut varier. Dans le contexte clinique, il faut tenir compte de la façon dont il interprète la torture lorsqu'on se penche sur cette question (C de C Williams et van der Merwe, 2013). Les fournisseurs de soins de santé devraient considérer les symptômes comme des réactions naturelles à des circonstances difficiles et respecter les descriptions ou les explications fournies par le survivant quant aux expériences qu'il a vécues (p. ex., références au karma ou à la volonté de Dieu). Les professionnels de la santé doivent se servir du cadre de référence du client et l'encourager à reconnaître que son état peut être transformé (Gorman, 2001, 446).
Les survivants de tortures peuvent éprouver un large éventail de troubles mentaux et de problèmes sociaux complexes difficiles à diagnostiquer (C de C Williams et van der Merwe, 2013). Par exemple, les Syriens ayant subi des tortures peuvent avoir des troubles somatiques comme des douleurs corporelles ou des problèmes de respiration. Si l'on considère que ces troubles sont uniquement somatiques et que l'on suppose que le problème est de nature psychologique, le survivant pourrait se sentir stigmatisé. Inversement, si l'on pose un diagnostic sans prodiguer un traitement efficace, il pourrait y avoir une fixation somatique de la part du survivant ou ce dernier pourrait adopter un mécanisme d'adaptation inadéquat. Il pourrait être plus efficace de s'abstenir de poser un diagnostic et miser sur la collaboration avec le client afin de minimiser ses symptômes et d'améliorer son fonctionnement (Hassan et coll., 2016).
Renseignez-vous sur les enjeux généraux liés à la torture.
Renseignez-vous sur la situation dans certains pays.
Reconnaissez la validité de l'histoire du survivant et permettez-lui de raconter son histoire, peu importe le temps écoulé depuis qu'il a été torturé.
Repérez les symptômes possibles de maladies ou de troubles et aiguillez le survivant vers les professionnels qui pourront lui venir en aide.
Élargissez la portée de l'évaluation pour y inclure la conjointe ou le conjoint de la personne, ses enfants et les autres membres de sa famille.
Ne faites pas de suppositions et n'ayez pas de partis pris. Soyez conscient du risque de simplifier les choses pour ne pas être perturbé ou effrayé en découvrant que les phénomènes associés à la torture sont la norme et non l'exception.
Même si le survivant semble bien fonctionner et ne semble pas avoir de problèmes particuliers, ne supposez pas qu'il s'est entièrement remis de ce qu'il a vécu. En fait, comme la réintégration peut fluctuer, il est possible que le survivant se soit adapté à la situation et soit en mesure de fonctionner dans certains domaines tout en ignorant d'autres aspects problématiques.
Ne bousculez pas les choses et ne tirez pas de conclusions hâtives. N'offrez pas d'aide superflue. Soyez présent en faisant preuve d'empathie. Avec le temps, la victime vous sera très reconnaissante d'être là pour l'aider.
Ne considérez pas que les besoins fondamentaux d'une victime de la torture diffèrent de ceux de toute autre personne. Toutefois, prenez note de ses besoins particuliers liés à la situation extrême qu'elle a vécue et à son exil, en tant que réfugié, dans un pays qu'elle ne connaît pas.
Point-clefs à considérer lorsqu'on travaille avec des victimes de torture Il existe un vieux dicton dans mon pays : « On a une bouche pour parler mais deux oreilles pour écouter ». Cela signifie que l'on doit écouter plus que parler. On s'ouvre à eux pour qu'ils puissent nous faire confiance. S'il n'y a pas de rapport de confiance, ils ne partageront pas les expériences qu'ils ont vécues et leur fournir des ervices sera difficile. Là, tout de suite, je vous parle. Je suis la personne ui prend la parole mais vous m'analysez aussi sans parler. L'interaction, le rocessus de counselling, est un processus à double-sens. Ils sont en train d'analyser l'information et en même temps, ils se demandent : « Puis-je faire confiance à cette personne ? Puis-je partager des informations avec cette personne ? Est-elle vraiment intéressée à résoudre mes problèmes ? » On prend cela en considération. C'est pourquoi on it qu'ils sont les maîtres de leur rétablissement. Quand ils viennent pour la remière fois, nous les laissons dire tout ce qu'ils veulent. Il y a des personnes qui iennent au centre, s'assoient à la réception et qui ne veulent parler à personne. On leur permet e faire cela. Ce lieu leur appartient. C'est un endroit sûr. Peut-être qu'ils analysent l'endroit afin de voir si c'est sûr pour eux. Puis, le premier point d'entrée pour eux era : « J'ai besoin d'apprendre l'anglais. » Bien que beaucoup parlent anglais, ils souhaitent évaluer d'avantage et quand ils voient beaucoup de personnes se diriger vers la salle de classe, ils disent : « Je veux prendre des cours 'anglais. » Mais quand vient le moment de l'évaluation, parfois ils refusent de nous donner leur adresse. On leur permet alors de rester dans la salle de classe pour observer. Une fois qu'ils ont vu les personnes dans la salle de classe, des personnes ayant vécu des expériences plus ou moins semblables, alors ils commencent à s'ouvrir à nous. Ils eviennent voir le thérapeute et demandent plus de services. En même temps, on obtient plus d'information de leur part. Tout cela se fait petit-à-petit, lentement.