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1.3.5

Déterminants sociaux après la migration

Si les traumatismes vécus avant la migration permettent de prévoir les troubles mentaux et le trouble de stress post-traumatique, le contexte postmigratoire peut lui aussi déterminer la santé mentale des immigrants et des réfugiés (Hynie, 2017). Par exemple, les déterminants sociaux postmigratoires ont une incidence sur la capacité des immigrants et des réfugiés de se remettre des traumatismes vécus avant la migration (Hynie, 2017).

Outre les facteurs illustrés dans le graphique de la page précédente, les déterminants sociaux comprennent le mode d'organisation de la société, qui a une incidence sur la place qu'une personne y occupe, ainsi que les facteurs connexes comme le sentiment d'appartenance et le sentiment d'être utile, qui peuvent influencer la santé et la maladie.

L'être humain a évolué et appris à réagir instinctivement aux menaces réelles et perçues pouvant nuire à sa survie à court terme (Marmot et Wilkinson, 2005). Toutefois, si cette réaction est activée constamment, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé et son bien-être. Les problèmes de santé causés par un stress chronique comme la dépression, la vulnérabilité accrue à l'infection, au diabète et à l'hypertension et la hausse du cholestérol sont plus courants chez les populations pauvres des pays industrialisés (Marmot et Wilkinson, 2005). Le graphique ci-dessous illustre trois liens entre la structure sociale, d'une part, et le bien-être et la santé, d'autre part.

Liens entre les déterminants sociaux et le bien-être

Structure
sociale

Expériences vécues pendant les premières années de vie

Hérédité

Culture

           

    Environnement social

     

    Conditions de travail

     

    Facteurs matériels

         

    Comportements ayant un effet sur la santé

    Stress psychologique

         

    Modifications physiopathologiques

    Cerveau

       

    Bien-être, morbidité et mortalité

Vidéo : L'importance des déterminants sociaux de la santé mentale

Avec le Dr Meb Rashid (directeur médical, Clinique Crossroads, Hôpital Women's College)

Pour les personnes qui souffrent encore de leurs expositions, ce sont des personnes qui ont du mal à trouver le sommeil et ont souvent des cauchemars et des flashbacks. Je pense que pour beaucoup d’entres eux, le problème principal n’est pas nécessairement leurs traumatismes pré-migratoires mais plutôt les problèmes avec lesquels ils sont confrontés une fois arrivés au Canada.Inlassablement, on voit des individus chez qui nous avons diagnostiqué un problème de santé mentale qui est lié à un traumatisme pré-migratoire. Ils rencontreront nos psychiatres consultants, ou ils commenceront à prendre des médicaments.Ils rencontreront fréquemment des conseillers, et d’excellents conseillers, qui pratiquent souvent dans ce domaine. Ce n’est qu’une fois qu’ils ont trouvé un travail,ou qu’ils ont retrouvé leur famille ou qu’ils ont développé un sentiment d’appartenance à une communauté, que l’on se rend compte de l’ampleur de l’impact sur le fonctionnement de la santé mentale de la personne. Alors je pense qu’il y a quelque chose que nous devons vraiment reconnaître :pour ceux d’entre nous qui ont diagnostiqué un TSPT ou une depression dans les populations de réfugiés,ces déterminants sociaux de la santé sont souvent aussi important que certains traitements plus conventionnels que nous avons l’habitude d’utiliser.Il est vraiment essentiel de reconnaître l’importance du logement, l’importance de faire partie d’une communauté et l’importance d’avoir une estime de soi à nouveau.Et souvent, beaucoup de patients réfugiés et d'immigrants ont perdu tout cela après avoir migré.

Les personnes qui se trouvent dans des conditions socioéconomiques difficiles comme un faible revenu, un logement de mauvaise qualité, l'insécurité alimentaire, des conditions de travail inadéquates, un emploi précaire et diverses formes de discrimination éprouvent souvent un stress intense (American Psychological Association, 2017). Le stress chronique affaiblit la résistance aux maladies et perturbe le fonctionnement du système hormonal et du métabolisme, ce qui accroît la vulnérabilité à un grand nombre de maladies graves comme les maladies cardiovasculaires et immunitaires, le diabète de type 2, la dépression et l'anxiété (American Psychological Association, 2017).

Un grand nombre de personnes qui éprouvent un stress intense tentent de l'atténuer en adoptant des comportements malsains, par exemple en consommant trop d'alcool, en fumant et en mangeant de trop grandes quantités de glucides (American Psychological Association, 2017). Comme c'est le cas pour les problèmes de santé physique, un grand nombre de facteurs ont une incidence sur les problèmes de santé mentale et les maladies mentales.