Les taux de dépression prénatale et postpartum semblent plus élevés chez les immigrantes que chez les femmes nées au Canada (Vigod et coll., 2016; Khanlou et coll., 2017). Ils varient en fonction du temps écoulé depuis l'arrivée au Canada et de variables croisées (Ballantyne et coll., 2013; Miszkurka et coll., 2012a). Les taux de symptômes dépressifs chez les immigrantes après la naissance de leur enfant semblent varier considérablement selon leur origine ethnique. En effet, environ 20 % des femmes d'Europe et plus de 40 % des femmes du Maghreb, d'Asie du Sud et des Caraïbes déclarent avoir éprouvé des symptômes de dépression postpartum (Miszkurka et coll., 2010).
Les chercheurs canadiens cherchent de plus en plus à comprendre pourquoi les taux de dépression pendant la grossesse sont plus élevés chez les immigrantes et les réfugiées.
La dépression postpartum est un trouble dépressif plus grave que le syndrome du troisième jour (« baby blues »), car elle peut nuire à la capacité de fonctionnement de la femme pendant la grossesse et après avoir donné naissance.
Le DSM-5 ne reconnaît pas la dépression périnatale (anciennement postpartum) comme un diagnostic distinct des autres troubles dépressifs. Pour poser ce diagnostic, il faut que la cliente satisfasse aux critères d'un épisode dépressif caractérisé et à ceux de la dépression périnatale. La dépression périnatale est un épisode caractérisé qui se manifeste lors de la grossesse ou dans les quatre semaines suivant l'accouchement (APA, 2013).
Les recherches laissent croire que les immigrantes récentes ont des taux nettement plus élevés de symptômes dépressifs à la 16e semaine de leur grossesse que les femmes nées au Canada (25,6 % par rapport à 12,2 %). Une étude a démontré que, parmi les immigrantes, les demandeuses d'asile affichent le taux le plus élevé de dépression postpartum (14,3 %), suivies des réfugiées (11,5 %) et des immigrantes (5,1 %) (Dennis et coll., 2017). De plus, la prévalence de la dépression postpartum est plus élevée chez les immigrantes que chez les femmes nées au Canada, particulièrement chez les immigrantes sud-asiatiques (Close et coll., 2016).
L'Échelle de dépression postpartum d'Édimbourg est l'outil le plus utilisé pour dépister cette dépression au sein des cultures (Kirmayer et coll., 2011). Le Questionnaire sur la santé du patient-9 est également reconnu pour le dépistage de cette maladie (Kirmayer et coll., 2011).
Les facteurs de risque pour la dépression post-partum et le rôle du fournisseur de service Je pense qu'il y a des études qui indiquent qu'il y a des taux plus élevés de dépression post-partum chez les nouvelles arrivantes. Nous pouvons identifier beaucoup de raisons qui peuvent expliquer cela. Beaucoup de femmes peuvent se retrouver isolées socialement pendant cette période, elles n'ont pas toujours le soutien familial et social qu'elles auraient habituellement pour élever un enfant tout particulièrement lors de cette première période du nourrisson pendant laquelle les nuits sont courtes. Il se peut qu'elles soient séparées de leur époux ou partenaire. Cela peut être une période pendant laquelle elles se sentent très seules et isolées. Parce que cela peut être un nouveau contexte pour les femmes, elles peuvent ne pas être au courant des aides qui sont disponibles. Je pense qu'en tant que fournisseurs de soins primaire ou autre fournisseurs de soins de santé, quand les femmes reviennent pour le bilan de santé de leur bébé et pour leur visite post-partum, nous avons l'occasion de demander aux femmes comment elles vont et de voir si elles présentent des symptômes de dépression post-partum ou de baby blues. Il s'agit juste de s'informer de leur état émotionnel à ce moment-là. Je pense aussi qu'il faut les aider à normaliser cette période qui peut être profondément stressante, surtout quand on est seul, car c'est une période pendant laquelle beaucoup de femmes ressentent ces mêmes symptômes et il existe des services de soutien. Le simple fait de mentionner cela, laisse une porte ouverte aux personnes qui, peut-être pas à la première visite, mais lors de la deuxième visite, parleront de comment elles se sentent. Je pense que la deuxième étape est de montrer aux femmes les différentes ressources qui sont disponibles dans la communauté. Il y a des programmes de visite d'infirmières. Par exemple à Toronto, via le service de santé publique de la ville, il y a le programme « Bébés en santé, enfants en santé » que l'on peut offrir aux femmes pendant leur grossesse. C'est un programme qui les suivra pendant la période prénatale et post-partum. Elles peuvent donc avoir des infirmières à domicile qui peuvent vérifier que tout aille bien et les aider à s'occuper de l'enfant mais également voir vraiment comment elles se sentent et les mettre en contact avec les autres ressources disponibles dans la communauté. Cela peut aussi aider les femmes à avoir recours à des programmes de nourrissons et parents : elles se rendent dans une bibliothèque ou dans un centre récréatif afin d'être avec d'autres personnes et d'autres nourrissons et de parler de ce qu'elles ressentent, ou juste pour se sentir moins seules. Cela peut être très utile. Et bien sûr, le fait que, dans certains cas, elles puissent être mises en contact avec des services de thérapie ou psychiatrique peut également s'avérer utile. Je pense aussi qu'on doit demeurer conscient pendant la période prénatale auprès des personnes qui peuvent présenter un risque plus élevé de développer une dépression post-partum de par ce qu'elles ressentent émotionnellement à ce stade, et, si possible, de les mettre en contact avec des ressources à ce moment-là, pour qu'elles aient des relations de confiance lors de la période post-partum si elles se sentent de plus en plus mal.