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3.1.6

Offrir un soutien en matière de santé mentale

Les victimes d’actes de violence sexuelle risquent fort d’avoir des problèmes de santé mentale en raison des expériences qu’elles ont vécues avant leur migration et du soutien psychosocial limité qui leur est offert lors de leur réinstallation (Yohani et Hagen, 2010). S’ils comprennent les besoins des survivantes de traumatismes sexuels et les défis qu’elles doivent relever, il sera plus facile pour les fournisseurs de services de santé d’éviter que les réfugiées vivent de nouveaux traumatismes et ils pourront leur fournir un soutien adéquat. Le soutien social peut atténuer les effets des traumatismes, réduire la gravité des symptômes et faciliter le rétablissement (Pottie et coll., 2016; Sippel et coll., 2015).

Plusieurs situations peuvent aggraver les traumatismes vécus par une femme. Par exemple :

Si elles reçoivent un soutien social et affectif adéquat, un grand nombre de personnes ayant survécu à des traumatismes sexuels apprennent à composer avec leurs expériences et, en général, leur détresse s’atténue avec le temps (Ford-Gilboe et coll., 2009; Yohani et Okeke-Ihejirika, 2018). Les soins sensibles aux traumatismes sont une approche prometteuse que les fournisseurs de services sociaux et de santé peuvent utiliser pour aider les immigrantes et les réfugiées sans les mettre au rang des pathologies.

Les principes de cette approche devraient être appliqués à tous les services s’adressant à ces personnes (le module 5 fournit plus de renseignements sur les soins sensibles aux traumatismes). Il faut également sensibiliser les intervenants aux conséquences de la violence sexuelle et aux moyens d’y faire face dans les communautés de nouveaux arrivants afin d’atténuer la stigmatisation, d’encourager les victimes à demander de l’aide et de promouvoir la santé mentale des survivantes.

Discussion sur la violence commise par le partenaire intime

Les réfugiées et les immigrantes qui ont survécu à la violence fondée sur le genre risquent également d’être exploitées et victimisées à nouveau au Canada. Les migrantes qui ont subi de la violence commise par le partenaire intime peuvent être inquiètes à l’idée d’en parler.

Certaines immigrantes estiment qu’il est préférable que les médecins de famille posent et continuent de poser des questions s’ils croient que leurs clientes ont été victimes de violence commise par le partenaire intime (Ahmad et coll., 2009). Toutefois, il n’est pas recommandé que les fournisseurs de soins de santé effectuent un dépistage systématique de la violence commise par le partenaire intime (Pottie et coll., 2011).

Si le fournisseur noue une relation amicale fondée sur la confiance avec ses clientes, ne pose pas de jugement à leur endroit et comprend les facteurs interculturels ou en est conscient, il sera plus facile pour les immigrantes et les réfugiées de parler de la violence fondée sur le genre et de la violence commise par le partenaire intime (Ahmad et coll., 2009; Godoy-Ruiz et coll., 2015).

Vidéo : Ce qu’il faut faire lorsqu’une cliente ou un client divulgue un acte de violence commis par le partenaire intime

Avec Vanessa Wright, infirmière praticienne, Clinique Crossroads, Hôpital Women’s College

Les étapes à suivre lorsqu’un client dévoile qu’il a été victime de violence exercée par un partenaire intime (VPI) Si un patient me dévoile qu’il a été victime de violence exercée par un partenaire intime je m’assoirais avec cette personne et on parlerait. Je lui dirais que je suis désolée d’apprendre qu’elle ait eu à vivre cela, et je la remercierais de partager cela avec moi et je lui dirais que nous avons beaucoup de temps pour discuter si elle le souhaite. L’étape suivante est importante, même si ce n’est pas une chose facile à faire. En tant que fournisseur de soins de santé, j’ai certaines obligations. Si des enfants sont impliqués dans ce scénario de violence à la maison, et qu’ils en sont témoins, je suis tenue légalement d’avertir la société de protection de l’enfance. Cela me permet de m’ouvrir au patient, et d’être transparente quant à mes obligations légales et de le dire au patient. S’il est au courant qu’un espace sûr et confidentiel existe, le patient pourra bien sûr prendre d’autres rendez-vous et plus de solutions peuvent s’offrir à lui. L’une d’elle étant d’expliquer à la personne quelles sont les lois au Canada et qu’en fait cela est illégal et qu'une démarche judiciaire peut être entamée pour régler la situation et que les forces de l'ordre peuvent être impliquées si elle le souhaite. Cela peut documenter les blessures ou encore obtenir une ordonnance de non-communication. Et on peut aussi se pencher sur les impacts sur la santé : documenter les blessures pour analyser les impacts et les traiter mais également se pencher sur les maladies comme le VIH, le dépistage des MST dans le cas d’agression sexuelle. Et il est très important de donner un plan de sécurité au patient si il ou elle vous a révélé ce qui se passe et ayez une discussion plus approfondie au sujet de leur sécurité. Le prochain étape serait de prendre plus de rendez-vous. Parfois la personne n'a rien d'autre à ajouter à ce qu'elle vous a révélé initialement pendant un rendez vous, mais il se pourrait qu’il y ait plus de mesures à prendre, comme plus de thérapie, plus de soutien et plus de services. Donc toutes ces mesures sont vraiment axées sur le patient et se mettent en place petit à petit. Il n’y a pas de formule mathématique. Il faut se concentrer sur le patient et savoir la direction qu’il ou elle veut prendre et s’assurer de sa sécurité.