Pour prodiguer le meilleur traitement possible, il faut évaluer avec soin et délicatesse les forces du client. Pour ce faire, il peut être nécessaire de rencontrer les membres de sa famille et d'avoir recours à un interprète. De plus, le fournisseur de services de santé devra peut-être se renseigner sur la culture du client et son effet possible sur l'évaluation et le traitement. Par exemple, comment le client perçoit-il la cause de sa maladie? Le modèle de maladie décrit par le client permet non seulement de déterminer la perception du client quant aux causes de sa maladie, mais aussi d'élaborer un plan de traitement personnalisé que le client respectera.
Plusieurs modèles de soins peuvent venir en aide aux clients ayant une maladie mentale. Pour obtenir les meilleurs résultats, il faut choisir un ou plusieurs modèles qui conviennent au fournisseur de services et au client, et qui répondent aux besoins de ce dernier.
Des réfugiés et, dans certains cas, des immigrants ont vécu des traumatismes. Les cliniciens peuvent poser un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou de dépression uniquement en se basant sur ces antécédents, même si la personne n'est pas particulièrement symptomatique et demeure fonctionnelle. Dans les faits, la plupart des réfugiés n'auront pas de problème de santé mentale diagnostiqué (CSMC, 2016b).
Bien que les taux de dépression varient considérablement entre les groupes d'immigrants, ils sont généralement plus faibles que ceux de la population générale. Toutefois, au fil des années passées au Canada, ils ont tendance à rejoindre ceux de la population générale (Vang et coll., 2015; Ng et Zhang, 2020). Des recherches longitudinales laissent croire que les niveaux de détresse augmentent davantage au sein de certains groupes (Pahwa et coll., 2012). Comme c'est le cas pour les réfugiés, la détresse mentale et les symptômes de détresse chez les immigrants ne se traduisent pas toujours par un diagnostic de problème de santé mentale.
Il se peut que les fournisseurs de soins de santé ne tiennent pas compte adéquatement du stress éprouvé par leurs clients avant et après la migration, ce qui peut entraîner un diagnostic erroné. Les réactions normales à des situations stressantes sont alors considérées trop souvent comme des pathologies (Edge et Newbold, 2013). Ils pourraient également ne pas tenir compte de la résilience de leurs clients. Un sous-diagnostic peut lui aussi être un problème important et faire en sorte que le traitement requis n'est pas prodigué. Pour éviter ces résultats, les fournisseurs de soins de santé devraient utiliser une approche fondée sur les besoins.
L'importance d'avoir une approche globale Nous sommes conscients qu'il y a une surpsychiatrisation, une surmédicamentation et une surdiagnostication des personnes racialisées. On regarde donc d'autres aspects qui peuvent avoir un impact sur la vie d'une personne. Nous avons une approche globale dans nos interactions. Nous sommes conscients qu'une personne peut avoir subi des impacts environnementaux, sociétaux et historiques, cela peut être tout type de facteur ayant eu une répercussion sur leur santé et leur santé mentale. Si une personne vient nous voir en disant : « J'ai des maux de têtes, je souffre d'insomnie, je me sens triste. » On ne va pas tout de suite sauter sur le DSM ou sur le psychiatre pour demander : « De quoi s'agit-il ? » Nous aurons une conversation avec cet individu pour comprendre d'où cela peut vraiment venir. On découvrira peut être que cette personne était un enfant soldat, qu'elle a été séparée de sa famille. Les événements traumatisants qu'elle a connus dans sa vie déclenchent ces maux de têtes et ces insomnies. Une fois qu'on a compris cela, on réalise qu'on ne veut pas immédiatement mettre une étiquette sur quelqu'un. On veut prendre en considération les autres facteurs présents dans la vie d'une personne qui peuvent provoquer les symptômes que l'on identifie. Mais on ne néglige pas la psychiatrie non plus. Nous pensons qu'il y a une place pour la psychiatrie dans notre travail à Across Boundaries. Nous souhaitons juste être attentifs à la manière d'utiliser la psychiatrie dans nos services. Nous travaillons donc avec des psychiatres racialisés. Des psychiatres qui ont leurs propres expériences face au racisme. Des psychiatres qui comprennent les approches anti-racistes, anti-oppressantes et qui sont capables de les inclure dans leurs interactions avec les personnes utilisant nos services.
Il faut tenir compte des stresseurs présents avant, pendant et après la migration afin de ne pas considérer, à tort, une réaction normale à une situation stressante comme une pathologie.
La détresse mentale ne se traduit pas toujours par un diagnostic de problème de santé mentale.