S’il est vrai que les nouveaux immigrants sont généralement en meilleure santé que les réfugiés à leur arrivée au Canada, certains ont vécu des traumatismes avant ou pendant leur migration pouvant nécessiter un traitement. Les fournisseurs de soins de santé devraient tenir compte de l’effet des traumatismes sur la vie et la santé de leurs clients. L’approche des soins sensibles aux traumatismes établit un cadre de prestation des services de santé qui peut favoriser la santé mentale des personnes ayant vécu des traumatismes et leur rétablissement à long terme. Elle est axée sur un traitement sensible afin d’éviter que les clients ne soient traumatisés à nouveau (Harris et Fallot, 2001).
Les services axés sur les traumatismes ont pour but d’atténuer l’incidence des traumatismes et de faciliter le rétablissement des clients ayant vécu des traumatismes.
Les services sensibles aux traumatismes ont pour but de créer des conditions où l’on reconnaît l’effet des traumatismes et où on s’efforce de procurer un sentiment de sécurité sur le plan physique et émotionnel. Pour utiliser cette approche, il n’est pas nécessaire que le bénéficiaire révèle son passé traumatique. Dans les services sensibles aux traumatismes, les politiques, les pratiques et les approches relationnelles du personnel misent sur la sécurité et l’autonomisation du client.
Des recherches laissent croire que les programmes et services s’adressant aux réfugiés devraient être sensibles aux traumatismes afin de veiller à ce que les fournisseurs de services soient conscients de l’incidence des traumatismes sur les survivants et en tiennent compte dans la prestation des services (Fallot et Harris, 2001; Blanch, 2008). L’approche sensible aux traumatismes reconnaît l’effet marquant des traumatismes vécus avant la migration sur les réfugiés, l’injustice dont ils ont fait l’objet et les nombreuses pertes qu’ils ont essuyées (Agic, 2012). Cela dit, il ne faut pas obliger les réfugiés et les immigrants à parler de leurs traumatismes (Arthur et coll., 2013; Gardiner et Walker, 2010). Cependant, ils devront en fournir une description écrite détaillée, rédigée avec l’aide de leur avocat, lors de l’audience visant à déterminer leur statut de réfugié.
Il est important de comprendre l’incidence des traumatismes vécus avant la migration sur la santé et le bien-être des immigrants et des réfugiés et de reconnaître les effets majeurs des difficultés de réinstallation sur les problèmes de santé mentale de ces personnes. Pour adopter une approche sensible aux traumatismes, il faut d’abord sensibiliser le personnel et les clients au fait qu’un grand nombre de personnes vivent des expériences traumatisantes avant et après la migration, sans oublier que les expériences vécues après la migration sont les plus pénibles pour les réfugiés.
Il faut assurer la santé physique, affective et culturelle des clients et éviter qu’ils ne revivent les traumatismes (p. ex., veiller à leur confort et protéger leur vie privée, ne pas les exposer aux déclencheurs des traumatismes et laisser le temps aux clients de nouer une relation axée sur la confiance). Un service sensible aux traumatismes reconnaît également que le personnel peut souffrir de traumatismes indirects et d’épuisement professionnel.
Mettez l’accent sur la résilience naturelle; accordez la priorité au renforcement des habiletés (p. ex., apprendre le français ou l’anglais); encouragez les clients à se livrer à des activités gratifiantes (p. ex., travailler, faire du bénévolat, jouer au soccer ou devenir entraîneur de soccer, participer à des activités religieuses); et aidez-les à accéder aux ressources communautaires (p. ex., pour le logement ou le soutien du revenu).
Faites participer les clients à l’établissement des priorités, aidez-les à prendre leur vie en main et donnez-leur les moyens de jouer un rôle clé dans la prestation de leurs soins.
Faites preuve de respect. Fournissez des renseignements aux clients, et encouragez-les à poser des questions et à faire part de leurs idées. Dites clairement aux nouveaux arrivants qu’ils ont le droit de refuser de répondre à une question, mais soyez prêt à les aider et à les soutenir s’ils choisissent d’y répondre, s’ils refusent un programme ou un service recommandé ou s’ils demandent une solution de rechange ou proposent une autre option. Soyez conscient du déséquilibre des forces dans la relation tout en permettant aux clients d’exprimer leurs sentiments sans crainte d’être jugés (Arthur et coll., 2013; Elliot et coll., 2005).
Reconnaissez que la perception de la violence et de la sécurité et la réaction aux traumatismes sont déterminées par les expériences vécues, qui sont influencées en partie par la culture.
Aidez les clients à reconnaître leurs forces et à développer leurs habiletés d’adaptation et de résilience. Présentez-leur le modèle permettant de reconnaître et de gérer les éléments déclencheurs et les difficultés et donnez-en l’exemple. Joignez-vous à eux pour développer des habiletés permettant de rester calme, de se centrer et de vivre le moment présent.
Il est possible de créer un environnement où l’on reconnaît les effets des traumatismes tout en assurant la sécurité physique et émotionnelle de la personne, sans l’obliger à divulguer les traumatismes qu’elle a vécus.
Il ne faut pas obliger les réfugiés et les immigrants à parler de leurs traumatismes.