Pour dépister et traiter correctement les problèmes de santé mentale et les maladies mentales, il faut être conscient de l’incidence des antécédents culturels du client tout au long des interactions avec lui et en tirer des leçons si le client décide d’en parler. Les facteurs culturels ont une incidence sur la façon dont une personne perçoit la santé mentale et la maladie mentale, comment elle s’y prend pour demander des soins, quand elle les demande et comment elle y réagit. S’ils sont conscients de l’incidence de la culture, les fournisseurs de services pourront prodiguer des soins et accorder un soutien de façon plus efficace.
La culture personnelle et celle du milieu de travail influencent les interactions des fournisseurs de services avec leurs clients. Toutefois, pour les besoins du présent module, nous mettrons l’accent sur les antécédents culturels des clients et leur incidence sur la prestation de soins en santé mentale et de services de soutien connexes. Dans le module 7, nous abordons la question de l'humilité culturel des fournisseurs de services et de l’influence qu’ils exercent sur les interactions avec leurs clients.
Plusieurs mesures peuvent être prises pour accroître l’utilisation des services par les immigrants et les réfugiés. Il faut d’abord reconnaître que les modèles de prestation des services de santé reposent sur des notions philosophiques occidentales, y compris la description des symptômes, la perception de la maladie mentale et les traitements.
Le traitement et la conception de la personne en tant que « client » ou « patient » ne sont pas toujours adaptés à la culture lorsqu’il s’agit de soutenir la santé mentale des immigrants et des réfugiés (Alarcón, 2020; Kovandzic et coll., 2011; Wintrob et de Figueiredo, 2020).
Au sein de certains groupes, les problèmes de santé mentale sont étroitement liés à la spiritualité et à la religion. (Bettmann et coll., 2015; Johnsdotter et coll., 2011; Racin et Dein, 2020; Wintrob et de Figueiredo, 2020)
Dans certaines cultures, il n’y a pas de continuum de la santé mentale; il n’y a que la dichotomie « sain d’esprit » ou « fou » (Behnia, 2003). Dans d’autres cultures, on ne fait pas la distinction entre le corps et l’esprit. (Bettmann et coll., 2015; Moodley et coll., 2008)
La culture peut influencer l’utilisation des services de santé mentale par les nouveaux arrivants. Le taux d’accès des immigrants et des réfugiés aux services de santé mentale et leur taux d’aiguillage vers ces services sont inférieurs à ceux des personnes nées au Canada. Cela s’explique en partie par les barrières culturelles (Kirmayer et coll., 2011). Certains clients peuvent craindre que les fournisseurs de services ne les comprennent pas en raison des différences culturelles, ce qui peut les empêcher de demander de l’aide (Kirmayer et coll., 2011). La culture peut aussi être un facteur qui amènera la personne à demander de l’aide ou non et, le cas échéant, comme elle s’y prendra. Un grand nombre de nouveaux arrivants ont recours à plusieurs sources de soutien comme les méthodes de guérison traditionnelles en plus de suivre un traitement biomédical (Kirmayer et coll., 2011).
Les concepts culturels, les valeurs et les croyances ont une incidence sur la perception de la maladie mentale. Par exemple, des clients peuvent croire qu’un problème de santé mentale est causé par une force surnaturelle ou un esprit diabolique ou qu’il découle de la violation de croyances sacrées ou d’un péché (Paniagua, 2014, Racin et Dein, 2020). En raison des idées véhiculées dans certaines cultures quant aux causes de la maladie, les clients ayant un trouble mental peuvent être stigmatisés et hésiter à croire que leurs symptômes sont ceux d’une maladie mentale (Kirmayer et coll., 2011). La stigmatisation peut également avoir un effet dissuasif considérable sur les membres de la famille du client.
La culture peut également influencer la façon dont une personne décrit ses symptômes. Les personnes faisant partie de certains groupes culturels sont plus susceptibles d’exprimer un trouble émotionnel en décrivant des symptômes somatiques. Dans le secteur des soins primaires, un grand nombre de clients disent qu’ils éprouvent des symptômes physiques. Cela fait en sorte qu’un trouble mental peut passer inaperçu et ne pas être traité (Kirmayer et coll., 2011). Certaines personnes en détresse peuvent exprimer ce qu’elles ressentent à l’aide de métaphores ou de symptômes somatiques. Par exemple, elles peuvent dire qu’elles ont le cœur lourd (Hassan et coll., 2015). De plus, il peut y avoir des degrés d’expression des émotions socialement acceptables. Ainsi, au sein de certains groupes, il peut être plus acceptable pour les femmes d’exprimer leurs émotions que pour les hommes. La façon dont un client présente ses symptômes peut également être influencée par le contexte situationnel. Par exemple, un client peut cacher ses symptômes parce qu’il craint d’être déporté ou maintenir que ses symptômes sont liés au stress ou à un traumatisme avant une audience portant sur son statut de réfugié.
Les personnes faisant partie de certains groupes culturels peuvent exprimer un trouble émotionnel en décrivant des symptômes physiques.
Si un client exprime un trouble émotionnel en décrivant des symptômes physiques, il se peut que le fournisseur de soins de santé ne reconnaisse pas ce trouble et ne le traite pas correctement.