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Tenir compte de la culture des clients

Parfois, la culture est la raison invoquée pour expliquer un problème de communication ou le non-respect d’un traitement. On dit alors que la faute revient au client. La culture est perçue comme un obstacle qui empêche le fournisseur de services de santé de prodiguer des soins efficaces. Lorsqu’elle est considérée ainsi, la culture du client est dévaluée et perçue comme un obstacle, ce qui peut empêcher la prestation des services nécessaires aux populations vulnérables (Kirmayer et coll., 2014; Fernando et Keating, 2009).

Lorsque le client reçoit des services, un malentendu ou une méprise entre lui et le fournisseur de services découlant d’un manque de connaissances et de compétences culturelles peut avoir un effet négatif comme une évaluation incomplète, un diagnostic erroné, un traitement inadéquat ou inapproprié ou une collaboration infructueuse pour le traitement (Al Masri, 2018). Il peut y avoir des différences culturelles même si le client et le fournisseur de services ont des antécédents semblables, car il y a de nombreuses variations au sein des groupes culturels (Université McGill, s.d.).

Vidéo : Tenir compte de la culture du client

Avec la Dre Ghayda Hassan, professeure de psychologie clinique, Université du Québec à Montréal

Incorporer la culture d'un immigrant ou d'un réfugiée dans notre travail est essentiel. Je ne pense pas qu'on puisse travailler sans intégrer l'aspect culturel. On peut le faire en écoutant, en posant des questions aux personnes immigrantes et réfugiées, en comprenant leurs situations, ce qui leur est arrivé, comment ils conçoivent leur culture, quels sont les modèles explicatifs, comment expriment-ils leur souffrance ? Nous pouvons le faire simplement en posant des questions telles que : « Pourquoi pensez-vous que cela s'est produit ? Comment est-ce arrivé ? Qu'est-ce que cela signifie pour vous ? Quelles sont les solutions ? » On peut aussi se référer à la culture d'origine en demandant : « Dans votre pays d'origine, dans votre culture d'origine, ou même dans votre famille, comment auriez-vous abordé ces problèmes ? Comment auriez-vous résolu ces problèmes ? » Nous pouvons également aborder la culture en posant des questions sur ce qu'on peut appeler l'acculturation ou sur la façon dont ils vivent dans leur société d'accueil. Au Canada, qu'est-ce qui est différent? Comment se sentent-ils traités ? Ainsi, en examinant toutes ces expériences au quotidien et la façon dont ils les perçoivent et quel sens ces expériences ont pour eux ou comment elles contredisent leurs propres valeurs peut vraiment nous aider à comprendre leurs façon d'être, comprendre leur façon d'exprimer leur souffrance et cela peut nous aider de manière proactive et non oppressive à construire une intervention avec eux qui a du sens culturellement mais qui est également valorisante. La recommandation la plus importante et la plus utile est d'être vraiment centré sur le client et de ne pas faire de suppositions, d'avoir une attitude ouverte et respectueuse. Notre rôle n'est pas, de manière dominante, de faire bouger les choses dans la vie d'un client. Notre rôle est de soutenir et d'enrichir leur boîte à outils afin qu'ils puissent eux-mêmes faire des changements.

La sensibilisation aux effets possibles de la culture et le recours à des spécialistes comme des courtiers culturels peuvent aider à prévenir les malentendus culturels. Ces courtiers ont suivi une formation d’intermédiaires pouvant interpréter les concepts ou les cadres culturels pour les clients ou les fournisseurs de services et défendre les intérêts des clients lorsque les différences culturelles nuisent à la compréhension de part et d’autre (Kirmayer et coll., 2011). De plus, ils peuvent simplifier la terminologie médicale, faciliter la discussion des prochaines étapes et négocier la mise en œuvre des plans thérapeutiques ou en assurer le suivi. Les courtiers culturels servent de guides et d’agents de liaison au sein du système de santé en mettant en lumière les similitudes et les différences culturelles (Rotich et Kaya, 2014).

La culture peut avoir une incidence sur la connaissance des médicaments et l’interprétation des effets secondaires possibles. Les fournisseurs de soins de santé voudront peut-être demander à leur client s’il prend un remède maison ou a recours à la médecine douce.